Air, Vol 1, Pelaez et Porcel
Respirer un monde en ruine, une dystopie au souffle court
"Air, Vol. 1" n'est pas une simple histoire de survie dans un monde post-apocalyptique. C'est une plongée étouffante dans une réalité où l'air, élément vital et autrefois invisible, est devenu une denrée rare, un objet de convoitise et de contrôle. Philippe Pelaez et Francis Porcel ne nous offrent pas un spectacle de destruction massive, mais une atmosphère pesante, une tension palpable qui se niche sous chaque masque respiratoire.
Imaginez l'air devenu opaque, une brume constante qui voile l'horizon. Imaginez le poids d'un masque sur le visage, la sensation d'une respiration artificielle, le bruit constant des filtres. Imaginez les rues désertes, les immeubles grisâtres, le silence seulement brisé par le souffle court des passants. "Air" n'est pas un récit d'aventure classique, c'est une expérience sensorielle, une immersion dans un monde où l'absence d'air pur est une menace constante.
Le dessin de Porcel, avec son trait réaliste et ses couleurs ternes, renforce cette atmosphère oppressante. Les visages masqués, les corps vêtus de combinaisons protectrices, les décors urbains délabrés créent un sentiment d'isolement et de claustrophobie. On sent presque la texture rugueuse des masques, le froid glacial qui mord la peau, la poussière qui irrite les yeux.
Dans ce monde où l'air est contrôlé par l'État, la population vit sous la menace constante de pénuries et de restrictions. Les aéronefs, censés purifier l'atmosphère, deviennent des symboles de pouvoir et de propagande. Mais un groupe terroriste, les "Invisibles", s'oppose à ce système, sabotant les appareils et semant le chaos.
Troy Denen, membre du Comité central, est chargé d'infiltrer ce réseau rebelle. Son parcours est une plongée dans les bas-fonds de la société, une découverte des inégalités et des injustices qui rongent ce monde en ruine. Il est confronté à des choix difficiles, déchiré entre sa loyauté envers l'État et sa compassion pour les opprimés.
Ce qui résonne particulièrement dans "Air", c'est la thématique du contrôle et de la manipulation. Dans un monde où l'air est vital, ceux qui le contrôlent détiennent un pouvoir immense. L'album soulève des questions pertinentes sur la liberté individuelle, la surveillance de masse et les dérives totalitaires.
"Sous un ciel moins gris" n'est que le premier volume d'un diptyque. Il pose les bases d'un univers complexe et intrigant, nous laissant sur notre faim et nous donnant envie de découvrir la suite. C'est une lecture qui nous fait prendre conscience de la valeur inestimable de l'air que nous respirons, un bien précieux qu'il faut protéger à tout prix.
Commentaires
Enregistrer un commentaire