La tempête de Londres, F. Dickberry
J’ai adoré La Tempête de Londres parce que ce roman accomplit l’une des opérations les plus réjouissantes de la littérature : déplacer légèrement le réel pour en révéler toute l’absurdité. Il suffit ici d’une tempête, d’un dérèglement presque enfantin dans son principe, pour que l’ordre social britannique perde soudain son aplomb. À Londres, au début du XXe siècle, tous les vêtements et tous les tissus disparaissent mystérieusement. Et avec eux se dissipent les signes grâce auxquels chacun croyait connaître sa place et reconnaître celle des autres. L’aristocrate n’est plus distinguable du chauffeur de bus, le mari devient presque étranger à sa femme, le rang cesse d’être immédiatement lisible. La catastrophe n’abolit pourtant pas seulement les étoffes : elle met à nu une société tout entière. F. Dickberry comprend admirablement que nos vêtements ne couvrent pas seulement nos corps. Ils dissimulent nos peurs, certifient nos appartenances et composent cette fiction collecti...