Dolorès ou le ventre des chiens, Alexandre Civico

 Dolorès ou le Ventre des chiens | Actes Sud

Dolorès ou le ventre des chiens : une exploration des fractures sociales

Dolorès Leal Mayor est accusée du meurtre de plusieurs hommes fortunés. Son acte déclenche une vague de violence contre les figures masculines du pouvoir, faisant d'elle une icône féministe et une ennemie publique. Antoine Petit, psychiatre cocaïnomane, est chargé d'évaluer son état mental.

Le roman aurait pu se dérouler autour de dialogues profonds entre Dolorès et Antoine, explorant les maux de la société. Mais il se situe dans un monde post-révolutionnaire, où la communication est rompue et les solutions semblent épuisées.

Civico dépeint une société fragmentée, où les personnages sont acculés à des choix extrêmes : se soumettre à un système oppressant, fuir la réalité, se révolter violemment, ou encore créer des alternatives au sein du système. Tous sont pris dans une impasse, confrontés à "la vie dégueulasse" qui les entoure.

L'acte de Dolorès est interprété différemment par chacun : les femmes y voient une révolte contre le patriarcat, Pedro un ultime espoir de révolution, et les institutions un signe de folie. La vérité de Dolorès importe peu, elle devient le symbole des projections et des idéologies de ceux qui l'entourent.

Tout devient politique, mais la souffrance individuelle est telle que le discours politique perd son sens. "Il n'y a que des cris", comme le dit Dolorès. Le corps des femmes devient le témoignage des violences subies.

Sans complaisance, Civico expose les fractures de la société et l'impossibilité d'une réconciliation facile. Il montre comment Antoine, antihéros bourgeois et drogué, s'illusionne d'être le protagoniste de l'histoire, alors que c'est Dolorès qui occupe le devant de la scène.

Le message de ce roman sombre et intelligent est peut-être que pour avancer collectivement, il faut se décentrer et ne plus se voir comme le héros de sa propre vie.

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