Quinze minutes sur le ring, Christophe Granger


Quinze minutes sur le ring par GrangerJe ressors de cette lecture avec des sentiments mêlés, oscillant entre fascination et perplexité. Ce livre, audacieux et d’une originalité déroutante, m’a été adressé par Babelio et les éditions Anamosa, et je leur en suis extrêmement reconnaissant.

Son auteur, un intellectuel brillant, à la fois sociologue et historien, enseigne à Normale Sup Saclay. Dans cet ouvrage, il s’attelle à une tâche aussi précise qu’ambitieuse : décrypter ce qui s’est joué en quinze minutes sur un ring, le 24 septembre 1922, lors d’un affrontement entre le champion Georges Carpentier et Battling Siki au Buffalo Stadium de Montrouge.

Mais l’objectif dépasse largement la simple chronique sportive. L’auteur interroge ici la notion d’« action » et se demande comment un historien-sociologue peut analyser un événement bref et passé. Pour y parvenir, il convoque un large éventail de disciplines issues des sciences sociales et humaines, s’appuyant sur une ressource exceptionnelle et inédite : l’intégralité du film du combat, reproduit dans le livre.

Soyons clairs : il s’agit d’un ouvrage de recherche dense, truffé de notes de bas de page et d’analyses méticuleuses, qui refuse toute simplification narrative. Par moments, il peut perdre le lecteur dans ses méandres conceptuels, avant de le captiver à nouveau par la puissance de sa réflexion. C’est une expérience de lecture exigeante, mais stimulante.

Là où le livre impressionne particulièrement, c’est dans son objet même. Et le mot n’est pas trop fort : c’est sans doute l’un des plus étonnants que j’aie jamais eu en main. La qualité de la mise en page, la beauté des intertitres et surtout la multitude de reproductions du combat en font un objet fascinant. À la fin de l’ouvrage, l’intégralité du film est restituée image par image, permettant au lecteur d’en saisir toute la portée après avoir parcouru les analyses qui le précèdent. L’effet est saisissant et rappelle le dispositif du musée de la tapisserie de Bayeux : une immersion guidée par des explications, avant de laisser place à une contemplation éclairée.

Ai-je tout compris ? Probablement pas. Mais est-ce essentiel, face au plaisir intense d’avoir tenu entre mes mains un ouvrage aussi singulier ? C’est un livre qui peut donner le vertige, qu’il vaut mieux feuilleter avant de s’y plonger. Mais si l’on accroche, l’expérience en vaut indéniablement la peine. J’ai été profondément séduit par la démarche intellectuelle de cet auteur, dont l’érudition force l’admiration.

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