Journal d'un scénario, Fabrice Caro
Un récit hybride entre journal intime et scénario de film
Dès les premières lignes, le lecteur comprend que le narrateur nous livre une relecture de son journal intime de lycéen, revisitant ses souvenirs à travers un prisme littéraire original. Les extraits de chansons sont remplacés par des titres et des références cinématographiques, créant un dialogue entre la vie intérieure du narrateur et le monde extérieur.
Le récit oscille entre le quotidien du narrateur et l'écriture du scénario du film "Les servitudes silencieuses". On assiste en direct à la naissance de l'œuvre, à ses transformations et à ses questionnements. Des aphorismes ponctuent le texte, tantôt abscons ("C'est plein de courants d'air mais on finit par s'y faire." (page 80)), tantôt profonds ("Existe-t-il un stade, ou une dimension où l'accumulation de mensonges engendre une nouvelle vérité ?" (page 121)).
L'histoire se teinte d'une nouvelle relation amoureuse, dont l'avenir semble déjà compromis. Le narrateur, comme figé dans son adolescence, avance à tâtons, accumulant les silences et les renoncements qu'il s'efforce de transformer en expériences positives.
Fabrice Caro excelle dans l'art de la formule percutante, comme en témoignent ces exemples : "C'est très bien, il peut faire des kilomètres avec ça." (page 87), "C'est tout aussi ridicule que charmant" (page 54), ou encore "… on n'est jamais moins paralysé par l'écriture que quand on la prend de biais, par surprise, sans enjeu apparent, dans une sorte d'indifférence tranquille." (page 119).
Le récit nous mène inexorablement vers la chute prévisible du narrateur. Les pages 141 et 142 proposent un nouveau synopsis loufoque, bien loin de l'univers des "Servitudes silencieuses". Le narrateur, perplexe, y trouve une étrange analogie avec les discours politiques de Macron : "Tout ça avance sans que j'aie la moindre idée de la direction que nous prenons, mais il vaut mieux parfois ne pas savoir où l'on va. Pour continuer d'avancer. Pour garder un bon pas. Pour éviter de s'allonger tout à coup au milieu de la route en position foetale." (page 176). Cette citation résume parfaitement l'accumulation de renoncements et de non-dits qui mènent le narrateur vers sa chute.
Fabrice Caro nous offre un récit captivant et original, mêlant habilement introspection et création littéraire. Son style acéré et ses observations justes nous invitent à réfléchir sur les aléas de la vie, les relations humaines et la quête de sens. Un livre à recommander à tous ceux qui aiment les textes qui dérangent et qui font réfléchir.
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