Bon voyage ? Manini et Chevereau
Une traversée onirique au-dessus des nuages du souvenir
"Bon voyage ?" n'est pas une simple histoire d'hydravion disparu. C'est une plongée dans les limbes de la mémoire, un voyage immobile au-dessus des vagues du temps. Jack Manini et Michel Chevereau nous embarquent à bord d'un Latécoère 631 fantôme, un vaisseau de papier et d'encre voguant entre deux mondes, entre l'écho de la guerre et l'espoir d'un ailleurs.
Imaginez le ronronnement sourd des moteurs, la vibration métallique de la carlingue, le reflet argenté du soleil sur les ailes immenses. Imaginez l'odeur du cuir et du tabac, les conversations feutrées des passagers, leurs regards perdus dans l'immensité du ciel. "Bon voyage ?" n'est pas un récit d'action, c'est une atmosphère, une sensation d'entre-deux, un moment suspendu entre le passé et un futur incertain.
Le dessin de Chevereau, avec ses aplats de couleurs et son trait précis, évoque les affiches des compagnies aériennes d'antan, leur promesse d'évasion et de luxe. Mais sous le vernis de l'élégance se cache une mélancolie profonde, une conscience aigüe des blessures de la guerre et des difficultés de la reconstruction.
Les personnages, cabossés par la vie, portent en eux les stigmates de leur époque. Ils sont les figures d'une génération sacrifiée, en quête de rédemption et d'oubli. Le voyage en hydravion devient alors une métaphore de leur propre traversée, une tentative de laisser derrière eux les fantômes du passé pour atteindre une terre promise, un "petit coin d'enfer ou de paradis perdu" comme le suggère le résumé.
Ce qui captive dans "Bon voyage ?", ce n'est pas tant le mystère de la disparition de l'hydravion que la rencontre avec ces âmes en peine. On partage leurs doutes, leurs espoirs, leurs regrets. On se laisse bercer par la mélodie mélancolique du récit, comme une chanson oubliée qui remonte à la surface de la mémoire.
Le point d'interrogation dans le titre n'est pas anodin. Il souligne l'incertitude du voyage, l'ambiguïté de la destination, la fragilité de l'existence. "Bon voyage ?" n'est pas une affirmation, c'est une question ouverte sur le sens de la vie et la possibilité d'un nouveau départ.
Alors, ce voyage est-il vraiment "bon" ? La réponse n'est pas simple. Mais une chose est sûre : il ne laisse pas indifférent. Il nous transporte dans un univers onirique et mélancolique, où les frontières entre le réel et l'imaginaire s'estompent, et où le souvenir devient le véritable territoire à explorer.
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